Les Pays-Bas furent les premiers à accorder ce droit en 2000. Depuis, dix pays l’ont déjà reconnu, dont l’Espagne?et le Portugal. La loi autorisant le mariage pour tous?en France ne fait qu’entériner une évolution des mœurs déjà largement entrée dans la vie.

L’opinion ne s’y trompe pas. En ces temps d’humeur sombre où le pays délivre d’inquiétants signes de repli, elle offre un bain de fraîcheur?sur la question. Selon l’Ifop, 63?% des Français?y sont favorables, soit 3 points de plus qu’en janvier.?La réalité s’impose à tous?: la famille homo, avec ou?sans enfants, est entrée dans la vie, il s’agit aujourd’hui?de la faire entrer dans la norme. La droite, l’extrême droite et les forces rétrogrades de l’Église?ont beau manifester, elles sont en retard?sur la société. L’UMP?le sait, tout comme elle sait qu’il lui serait impossible d’enclencher la marche arrière si elle revenait au pouvoir. Mais la campagne qu’elle mène n’en est pas moins dangereuse?car elle attise le poison de la division, de l’intolérance et du rejet d’autrui. Elle s’autorise même des arguments qu’on espérait rangés au rebut de l’histoire. Laurent Wauquiez n’a-t-il pas osé dire, lors de la convention?de l’UMP sur la famille, jeudi dernier?: «?Quand l’homme décide de s’émanciper totalement de la nature, il n’y a plus aucun point de repère.?»

Loin de cette campagne aux relents homophobes,?le projet de mariage pour tous, défendu dans la rue?hier par de nombreuses associations, presque tous?les syndicats – chaque jour confrontés au problème de l’homophobie au travail – et la gauche unie à cette occasion, promeut la famille comme une construction culturelle qui ne doit souffrir d’aucune discrimination.?La loi, qui arrive en débat à l’Assemblée nationale demain, fait sauter le verrou d’une insécurité et construit un nouvel étage de droits.

On aimerait que pareille logique soit à l’œuvre dans le domaine social. Hélas, il y a, dans l’élan positif du gouvernement, un calcul assez néfaste?: mettre en avant une grande réforme sociétale pour mieux masquer des mesures de régression sociale. Car le combat pour l’égalité peut-il s’arrêter aux portes de l’entreprise?? S’il était retranscrit tel quel dans la loi, l’accord sur l’emploi signé par le Medef, la CFDT, la CFTC?et la CFE-CGC (soit un regroupement syndical minoritaire) serait source de nouvelles insécurités sociales pour les salariés. Et que dire de l’austérité qui frappe?si fort les familles les plus modestes et alimente?un peu plus chaque jour le sentiment d’injustice??

Harlem Désir, le patron du PS, s’alarme?du ressentiment des Français à l’encontre des choix du gouvernement. Il appelle les militants à la rescousse pour faire le service après-vente des réformes et s’en prend maintenant aux partis qui composent le Front de gauche?pour avoir lancé une campagne nationale contre l’austérité.?

Décidément, la «?gauche du réel?» d’Harlem Désir,?c’est comme la «?révolution copernicienne?»?de Pierre Moscovici?: un monde qui tourne à l’envers.

Paule Masson