Non seulement l’intérim va devenir une solution moins coûteuse que certains CDD pour les employeurs à la recherche de contrats précaires, mais en plus, le syndicat patronal a obtenu in extremis la création d’un CDI intérimaire. Vieille lune du Prisme, l’idée avait été reprise par Xavier Bertrand, alors ministre du Travail en 2011, avant d’aboutir dans cette négociation. Pour le secrétaire de l’USI-CGT, Philippe Tixier, «?ce CDI intérimaire va faire sauter les verrous du contrat de travail du salarié, ce que cherche à faire depuis longtemps le patronat. Nous pourrions perdre nos garanties obtenues au prix de quarante ans de lutte?». Un danger pour les 700?000 intérimaires du pays qui ont un statut assez protecteur, avec la portabilité des droits à la formation, les indemnités de fin de mission et le délai de carence entre chaque contrat. Des droits qui pourraient disparaître avec ce CDI. De même, les agences d’intérim pourront se défausser de leurs responsabilités en cas d’accident du travail, nombreux dans le secteur, auprès des entreprises.

Pour André Fadda de l’USI-CGT, «?déjà que les boîtes d’intérim ne respectent pas le délai de carence entre deux missions, ça sera l’occasion de légaliser des contrats à la chaîne comme en Espagne. On veut nous tirer vers là-bas, alors que nous avons le système le plus protecteur d’Europe?». Mais rien n’est encore joué. Le projet d’accord prévoit que la branche du travail temporaire organise un accord collectif dans les six mois pour le mettre en œuvre. La CGT refuse d’ores et déjà de se mettre autour de la table pour entériner cette casse du statut de l’intérimaire.

L'Intérim, un business prospère

Le marché de l’intérim est contrôlé par trois grands groupes, Adecco, Randstad et Manpower.

Groupe mondial, implanté dans 82 pays?et territoires, Manpower compte 4?400 salariés?et plus de 90?000 clients en France. Son chiffre d’affaires consolidé en 2011 dans l’Hexagone dépassait?les 4,4?milliards d’euros, en hausse de 12,5?% sur 2010. Et son résultat d’exploitation atteignait les 61?millions d’euros, en hausse de 68?% sur l’année précédente.

Adecco, qui pose en leader mondial des services?en ressources humaines, compte 3?500 salariés en France?et recrute 100?000 intérimaires par semaine, pour?29?000 entreprises clientes. En 2011, il a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 6?milliards d’euros, en hausse?de 10?% sur 2010. Et un profit de 220?millions d’euros.

Randstad, groupe mondial numéro deux, se targue d’un chiffre d’affaires total dans le monde de 16,2?milliards d’euros en 2011, et d’un bénéfice net de 169?millions d’euros.

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C.R.