Le gouvernement l’avait promis?: si le géant de l’acier ne tenait pas?ses promesses, le projet de nationalisation temporaire?du site serait remis sur la table. Eh bien, nous y sommes déjà, ont montré les syndicalistes. Le 6?décembre,?le groupe s’est retiré de l’appel d’offres pour développer Ulcos, un projet qui devait relancer Florange?et qui figurait comme un engagement pour l’avenir. Maintien de l’emploi?? 629?postes doivent être supprimés à Florange, 1?500 au total avec les sous-traitants. Avec?les lueurs éteintes des hauts-fourneaux, ce sont les ambitions?d’une politique industrielle, d’un «?redressement productif?»,?nous disait-on, qui s’évanouiraient. Tant de secteurs dépendent de la force de la sidérurgie, tant d’usages s’offrent pour les aciers d’une qualité exceptionnelle?que produisent les laminoirs de la vallée des anges?!

C’est sur cette terre lorraine, ravagée par?les guerres successives et ranimée par le travail?de ses ouvriers, que le Front de gauche a lancé hier soir une campagne nationale contre l’austérité. Il ne s’agissait pas seulement de choisir un lieu symbolique mais?de contester une politique qui, en laissant la part belle au grand capital, sacrifie les conditions de vie du plus grand nombre et abdique toute responsabilité pour l’avenir en abandonnant les vertèbres industrielles qui font un pays.?Un autre meeting est prévu le 13?février à Rouen,?à deux pas de la raffinerie de Petroplus, non loin?de Sandouville ou de Cléon, deux sites majeurs?de l’automobile menacés par la direction de Renault?et sa stratégie de chantage?: la perte de salaire et des acquis sociaux, ou la porte et le licenciement. Ce qu’un ministre?juge loin du trait rouge à ne pas franchir... Hier, cependant,?la majorité de gauche à l’Assemblée a voté la proposition portée par le député communiste Alain Bocquet?d’une commission d’enquête sur la sidérurgie. Au terme de son examen des casses, des gâchis, des politiques?à courte vue, de bonnes décisions seront-elles prises???Il dépendra de la mobilisation des sidérurgistes français?et des citoyens qu’il n’y ait pas d’autre alternative.

S’il est un lieu où, hier, la sidérurgie avait pris de la valeur, c’est la Bourse de Paris. L’action ArcelorMittal a gagné 0,48?% à 13,52?euros parce que?la direction présentait lors d’un comité central d’entreprise extraordinaire son plan de compétitivité?qui sacrifie notamment Florange. On repense alors?aux mots d’Émile Zola, un autre «?J’accuse?»?: «?Toute une vie de vols effroyables, non plus à main armée comme?les nobles aventuriers de jadis, mais en correct bandit moderne, au clair soleil de la Bourse, dans la poche du pauvre?monde crédule, parmi les effondrements et la mort.?»

Par Patrick Apel-Muller