Pourriez-vous nous expliquer ce qu’est un Fab-Lab

Yann Le Pollotec : A l’origine, c’est une usinette de quartier dont le principe est de donner à tous, gratuitement, l’accès à des machines-outils et de conception. Le principe est de faire soi-même (Do it Yourself – DiY). Le tout dans une démarche ouverte, de réseaux coopératifs, où l’éducation se fait par les paires. Tout ce qui fait le savoir-faire est partagé. On est vraiment dans de la valeur d’usage, plutôt que de la valeur d’échange.
On applique à du matériel, la manière de produire les choses du logiciel libre. On crée, plutôt que consommer. Les produits créés sont en circuits courts, sans obsolescence programmée, et tout est recyclable. Enfin il n’y a pas de production de masse, pas d’uniformisation. Ca c’est un peu  la « charte » des Fab-Labs. Aujourd’hui, ces endroits sont aussi des vecteurs de ré-industrialisation par le bas. De bons moyens de renouer avec une culture de la production et de la technique ; c’est une réappropriation des savoir-faire, donc un facteur d’émancipation.

Plus concrètement, que va apporter un Fab-Lab au Blanc-Mesnil ?

Déjà, cela nous permettra de créer du lien social, de la démocratie locale. On veut aussi créer une mixité générationnelle pour permettre la transmission du savoir. Le Blanc-Mesnil a des atouts : une jeunesse nombreuse et une forte culture et histoire ouvrière. Le Fab-Lab sera le lieu de rassemblement où se fera la transmission de la maitrise technique et de la production. Et puis pouvoir fabriquer des choses gratuitement peut répondre à un besoin social, surtout en cette période de crise.
Le Fab-Lab devrait être aussi un facteur de développement local, en associant notamment les petites entreprises de la ville et la future résidence universitaire. La coopération et l’appropriation sociale de la technologie pourra profiter à notre réseau de PME.
Enfin on croit qu’un Fab-Lab au Blanc-Mesnil pourra aussi bénéficier à la ville de Debré Berhan, en, Ethiopie, avec qui on est jumelé. Pour comprendre l’intérêt, je donne toujours l’exemple d’un Fab-Lab à Amsterdam qui a développé et créé des prothèses de jambes à base de bambou d’un coût de production de 10 dollars, alors qu’une prothèse occidentale se vend 40 000 dollars.

Certains vont jusqu’à avancer que les Fab-Labs et le Do it Yourself représentent une nouvelle révolution industrielle. Comment voyez-vous ce phénomène ?

C’est un prolongement de la révolution informationnelle, du numérique, dans le matériel. Cela répond à un besoin de ne pas être aliéné par la technologie et la technique, mais au contraire d’être dans sa maîtrise. C’est aussi une lutte contre l’uniformisation du consumérisme et des marques. Plus profondément c’est aussi une lutte contre la concentration du capital. A tel point que la propriété privée et intellectuelle devient contreproductive, le réseau libre et coopératif est bien plus créatif, innovant. Alors ce n’est pas avec un Fab-Lab qu’on va faire la révolution, mais cela permet de montrer à nouveau que l’idée de Marx d’un revenu universel déconnecté du travail et de fait, la fin du salariat, reste vraiment pertinente.  

Propos recueillis par Pierric Marissal