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Maximilien Reynès-Dupleix | Créez votre badge
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Il n’est pas que des signes négatifs émis à gauche par les temps qui courent. Sur des sujets essentiels, on voit même parfois se dessiner les contours d’une majorité disponible à la mise en œuvre d’orientations ne se dérobant pas à la confrontation avec le monde de l’argent. J’en veux pour preuve un événement dont j’aurai été l’acteur, le vote du Conseil régional de Midi-Pyrénées, réuni en Assemblée plénière le 8 novembre.

Un vœu y a, en effet, été adopté demandant « au président de la République, au gouvernement et à la représentation nationale de légiférer, en réponse aux demandes des salariés victimes de plans sociaux, au travers d’un texte visant à interdire les suppressions d’emplois à visées boursières ». Initialement, ce vœu avait été déposé par le groupe des élus du Front de gauche, sans que les autres composantes de la majorité régionale ne manifestent un enthousiasme débordant. Si peu débordant, d’ailleurs, qu’une première fois, lors de la précédente session, l’interpellation n’avait pu être soumis au vote, les présidents des groupes socialiste, écologiste et radical s’accordant à considérer que son objet n’entrait pas dans les compétences de l’institution. Notre détermination à ne pas nous incliner devant un tel fait accompli finit néanmoins par obtenir que les conseillers fussent saisis, ce 8 novembre, de cette question aussi vitale pour le pays que pour ses territoires.

Tout au long de cette session, principalement consacrée aux orientations budgétaires pour 2013 et à la stratégie régionale de l’innovation (ayant, précisément, pour objet de fixer un cap industriel pour 2020), nous serons restés dans l’attente de la position du reste de la gauche midi-pyrénéenne sur notre vœu. Le débat ne s’en poursuivait pas moins au sein du groupe socialiste, lequel finit par demander une suspension de séance. Et d’annoncer, à l’issue de celle-ci, qu’il se ralliait à notre texte en échange de quelques modifications n’altérant pas l’appel - qui en était le principal objet, à nos yeux - à une initiative législative répondant à une attente pressante du monde du travail, à commencer par ses secteurs faisant aujourd’hui les frais de plans de suppressions de postes et de fermetures d’entreprises. Dans la foulée, écologistes et radicaux de gauche annonçaient à leur tour un vote favorable, de sorte que c’est la majorité régionale dans son ensemble qui vient de s’adresser au pouvoir exécutif et au Parlement afin qu’ils agissent au plus vite au service de l’intérêt général.

UN SIGNE D’ESPOIR

Une évolution dont je me félicite d’autant plus que, voici quelques semaines, je m’étais rudement affronté à Christophe Borgel, député PS de Haute-Garonne, sur un plateau de France 3, et que je m’étais entendu rétorquer qu’il était impossible d’aller dans ce sens, à moins que cela ne fasse l’objet d’un consensus entre les « partenaires » réunis par la conférence sociale lancée voici quelque temps par le chef de l’État et le Premier ministre.

Sans doute, depuis, l’urgence aura-t-elle fini par s’imposer aux propres amis de ce dirigeant socialiste, que je connais depuis qu’il présidait aux destinées de l’Unef, dans les années 1990. Je ne veux pas simplement parler du débat sur le déclin industriel de la France, sur lequel s’est appuyé Monsieur Gallois pour préconiser, on le sait, l’accélération d’une fuite en avant qui, loin d’apporter la moindre réponse au problème, a déjà engendré un désastre en Europe, avant de promettre maintenant de nous jeter dans le mur de la récession, du chômage et de la précarité. Je veux aussi évoquer la situation, des plus préoccupantes, de Midi-Pyrénées, région saignée depuis des années par ces destructions d’emplois répondant à la course sans fin au profit financier maximal, si caractéristique du nouvel âge du capitalisme. Aux enseignes de Molex, Thalès ou Freescale, s’ajoute à présent celle de Sanofi, menacée de dislocation alors que ses actionnaires viennent d’empocher 3,5 milliards de dividendes l’an passé.

La dernière livraison du bimestriel économique régional, Objectif News, confirme à cet égard le lien étroit qui s’établit entre la dépression du secteur productif, la multiplication des plans de licenciements, la crise économique et financière et les politiques d’austérité, y compris sur un territoire pourtant réputé pour le dynamisme de son secteur aéronautique. « Qui d’ailleurs pourrait sérieusement croire, écrit le périodique, que la région ne serait pas impactée, alors que tout autour n’est que tassement de la consommation, réduction des dépenses des collectivités, hausse des matières premières et crise de compétitivité des industries européennes ? » Et d’égrener le taux de 11,6% de chômage, la centaine d’entreprises faisant l’objet de l’attention des pouvoirs publics, le sondage réalisé auprès de 800 patrons dont il ressort que 53% des PME de Haute-Garonne « pourraient licencier d’ici le premier trimestre 2013 »

Relisant les notes de mon intervention devant l’hémicycle, en défense du vœu du Front de gauche, je retrouve désignée cette spirale infernale consistant, toujours et encore, à faire de l’emploi la variable d’ajustement d’un système en pleines turbulences : « Ce vœu porte sur l’un des actes les plus marquants qu’il appartient à la puissance publique de prendre, au début du nouveau contexte politique dont ont décidé les scrutins de mai et juin derniers. Nous avons parlé, tout au long de cette session, de l’indispensable redressement industriel de la France et de ses territoires. Ce redressement industriel ne peut être dissocié du combat contre ces plans de suppressions d’emplois qui n’obéissent qu’à des logiques de rendement financier de court terme. Ces plans, dans des entreprises réalisant des bénéfices substantiels et distribuant souvent des dividendes en augmentation constante à leurs actionnaires, sont devenus la marque de cette cupidité érigée en système, dont le célèbre prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, a parfaitement décrit la nocivité. Il nous est apparu indispensable que notre Assemblée se prononce à ce sujet.

« J’étais ce matin, avec une délégation des conseillers régionaux du Front de gauche, au rassemblement des salariés de Sanofi à Toulouse. Voici un groupe qui n’a pas varié d’un pouce dans sa volonté de restructurer ses activités au plan international, au prix du démantèlement du site de Toulouse et de son pôle « Recherche et développement », en dépit des interventions des élus de toute sensibilité, et en allant même jusqu’à ignorer les mises en garde du ministre du Redressement productif. Voici un groupe qui, emporté par son cynisme, va jusqu’à bafouer sa Charte de déontologie en finançant, par exemple, la campagne de Mitt Romney aux États-Unis. Ce qui a amené les salariés à brûler symboliquement, ce matin, ladite Charte de déontologie. La puissance publique doit intervenir au nom de l’intérêt général dont elle est la garante. »

C’est pour toutes ces raisons que l’Assemblée régionale de Midi-Pyrénées vient de s’honorer en se montrant à la hauteur du mandat que lui ont confié les électeurs en mars 2010. Et qu’elle vient, du même coup, de délivrer au pays, à ses salariés et à la gauche le signe d’espoir que j’évoquais en achevant mon intervention devant les conseillers régionaux… Un signe qui devrait inspirer désormais d’autres collectivités.

LE VŒU DE MIDI-PYRÉNÉES

« La Région Midi-Pyrénées apporte son soutien aux salariés de l’entreprise Sanofi qui défendent leurs emplois. Après Molex, Thalès et Freescale, c’est maintenant Sanofi, dont les actionnaires ont perçu 3,5 milliards d’euros de dividendes en 2011, qui procède à des suppressions d’emplois à visées boursières.

« La proposition d’une loi pour interdire les licenciements boursiers est une mesure d’intérêt général. C’est en ce sens que les salariés concernés appellent la puissance publique à un acte législatif fort en défense de l’emploi et pour préserver notre capacité industrielle menacée par la course cupide aux profits financiers. Les représentants syndicaux des salariés de Sanofi, dans leur diversité, ont tenu à l’exprimer aux élus qui ont accepté de les recevoir, à l’occasion de leur récente manifestation à Paris.

« Le 16 février 2012 la majorité des sénateurs de gauche a d’ailleurs voté une proposition de loi afin de mettre un terme aux licenciements boursiers.

« Différent du licenciement pour ‘’convenance personnelle’’ ou pour ‘’raison économique’’ caractérisé par des difficultés économiques ou technologiques d’une entreprise, le licenciement boursier saccage de plus en plus la vie de nos territoires.

« Il présente la particularité de permettre aux entreprises de licencier en dépit de leur bonne santé économique, afin d’augmenter leur rentabilité et la rémunération de leurs actionnaires.

« Ces décisions ne trouvent leur origine ni dans la crise financière européenne, ni dans le « coût » du travail prétendument trop élevé en France. Elles sont le résultat d’une course cynique au rendement financier. En 2011, ce sont 45 milliards d’euros qui furent versés aux actionnaires au titre de l’exercice 2010, pour un taux de distribution frisant les 50%.

« Au regard des éléments exposés, du nombre de chômeurs recensés par les dernières statistiques, de la gravité de la précarité frappant notre pays, de la destruction qui menace des milliers d’emplois et du redressement industriel qui doit mobiliser la puissance publique, le Conseil régional de Midi-Pyrénées réuni en séance plénière ce 8 novembre 2012 demande au président de la République, au gouvernement et à la représentation nationale de légiférer, en réponse aux demandes des salariés victimes de plans sociaux, au travers d’un texte visant à interdire les suppressions d’emplois à visées boursières. »

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