Au cours d’un dialogue avec des auditeurs à France Inter, la semaine dernière, la ministre de l’économie et des finances répondit fièrement à une dame qui lui faisait remarquer qu’elle ne gagnait que 800 euros par mois « qu’elle devait être contente car elle allait toucher une augmentation de 2% ». Bigre ! 16 euros de plus qu’elle a déjà largement dépensés en augmentations de prix alimentaires et de carburants. Mais, on n’avait pas tout vu ! Répondant à un autre auditeur s’inquiétant de la persistance et de l’aggravation de la crise en Europe, particulièrement en Grèce, au Portugal, en Irlande, la ministre, cette optimiste béate, lâcha tout de go, l’air enjoué : « ne vous inquiétez pas, nous disposons d’un fonds d’aide de 500 milliards d’euros ». Il n’y a que 16 euros pour celle qui gagne 800 euros et il n’y aurait que 2% d’augmentation automatique du SMIC pour l’immense majorité des travailleurs, mais il y a un fonds de 500 milliards d’euros quelque part.

Incroyable, mais vrai !


Seulement, ce que ne dit pas Mme Lagarde, c’est que les pays qui font appel à ce fonds appliquent à leur peuple une véritable purge sociale : baisse des salaires, des retraites, des prestations sociales, privatisation des services publics et précarisation de l’emploi. C’est de cela que se plaint, à juste titre, la dame qui ne gagne que 800 euros. Augmenter de 2% des petits salaires n’est que le résultat d’un mécanisme légal automatique suivant a posteriori des hausses de prix sous-évaluées. Rien à voir donc avec la préservation du pouvoir d’achat. Par contre, les banques par lesquelles transite l’argent du fonds dont parle Mme la ministre, s’engraissent, avec des taux d’intérêt exorbitants et leur pouvoir d’achat s’en porte fort bien ! La semaine dernière l’Irlande et le Portugal étaient contraints d’emprunter des dizaines de milliards au taux de 13%. Ce sont les populations qui paieront la note en augmentation d’impôts, en baisse de niveau de solidarité sociale, en réduction de services publics.


Tel est le mécanisme qui explique que, pendant que la population s’appauvrit dramatiquement, jour après jour, les profits des cinq grandes banques universelles françaises ont atteint 21 milliards d’euros l’an passé.

Le double d’il y a deux ans !

Par contre, les crédits aux particuliers et aux petites et moyennes entreprises sont rationnés, provoquant faillite et chômage. Et que dire des insupportables primes bonus des traders qui selon un rapport officiel dépassent les 3 milliards d’euros soit l’équivalent du budget de la culture.

La réalité que semblent méconnaitre le PDG de Total comme la ministre des finances, ainsi que tous les puissants de ce pays, c’est une vie qui devient dure, très dure aux plus faibles ; à celles et ceux qui n’ont que leur travail et leur retraite comme seules ressources. Les salaires réels ont diminué alors que la productivité du travail augmente. Dans la crise l’exploitation du travail s’accentue donc. Ceux qui accèdent à un emploi  deviennent les nouveaux prolétaires du 21ème siècle avec le développement de la précarité. Huit embauches sur dix se font désormais en contrat précaire. Huit millions de personnes, dont des salariés, sont en situation de pauvreté. Seize millions de personnes ont un budget mensuel si serré qu’ils terminent le mois à 10 ou 15 euros près. Pendant que les rémunérations du travail sont abaissées, les dépenses pour l’achat des biens indispensables à la vie quotidienne, de l’alimentation à l’énergie, ne cessent d’augmenter. Il est heureux que d’une multitude d’entreprises monte depuis des semaines l’exigence d’augmentation de la feuille de paye. Le pouvoir sarkozyste est contraint d’en tenir compte.

Mais il biaise.

Il avance l’idée d’une hypothétique prime dans les seules grandes entreprises, quelques mois avant l’élection présidentielle. Le disque est usé depuis que « le candidat du pouvoir d’achat » a disparu derrière ses amis de la bande du Fouquet’s. Le pouvoir ne peut plus défendre l’idée que les profits des grandes entreprises sont passés de 40 milliards d’euros en 1989 à 83 milliards d’euros l’an passé, alors que la crise économique et sociale fait des ravages. La moitié de la valeur de ces profits est reversée aux seuls actionnaires. Si on utilisait cette somme, ajoutée aux cadeaux sarkozystes aux entreprises, qui s’élèvent à 140 milliards d’euros, cela permettrait d’augmenter en moyenne, tous les petits et moyens salaires d’au moins 150 euros mensuels et de progresser vers un SMIC à 1600 euros brut dans un délai rapproché.

Les organisations syndicales ont raison de toutes dénoncer le leurre que représente cette prime et d’exiger des négociations pour l’augmentation des rémunérations grâce au retour de la valeur ajoutée produite par le travail à ses véritables créateurs, c’est-à-dire les salariés, tout en augmentant les prestations sociales et les retraites. Dans le même mouvement, comme le réclament les associations de consommateurs, des dispositions doivent être prises pour bloquer et réduire les prix des produits de première nécessité y compris en abaissant la TVA sur ces biens indispensables. L’abandon du nouveau cadeau envisagé pour les  assujettis à l’impôt sur les grandes fortunes, compenserait largement ce manque à gagner. Évidemment, cela va totalement à l’encontre du pacte diabolique de l’argent dit « Pacte de l’euro » décidé par le Conseil européen sur instigation de Mme Merkel et de M. Sarkozy.

Le moment est venu de faire exploser ce cadre.

C’est la voie de la justice. C’est aussi la voie de l’efficacité économique. La baisse du pouvoir d’achat, parce qu’elle favorisait la finance, a été une des causes de la crise. C’est donc l’inverse qu’il faut faire pour en sortir. La lutte contre les inégalités, pour la justice, relancerait le progrès économique et social. De plus en plus d’actions sociales de catégories de salariés les plus diverses l’expriment.

Raison de plus pour réussir un grand premier mai unitaire. C’est la bonne voie. Il faut la conforter et l’élargir.