Il est rare que le camp progressiste français approuve?une intervention militaire à l’étranger, pourquoi le Mali fait-il exception?

François Asensi. Nous avons affaire là à des groupes extrémistes sanguinaires, voulant imposer une société moyenâgeuse. Ce fondamentalisme est une nouvelle forme de fascisme. Il ne faut pas se tromper sur la nature des régimes dictatoriaux qu’ils tentent d’imposer, qui sont une grave menace pour l’ensemble?des progressistes. Il faut tout faire pour barrer la route?à ces groupes qui entendent dépecer le Mali.

Les buts sont-ils identifiés??

François Asensi. Je ne suis pas naïf envers les arrière-pensées hégémoniques ou néocoloniales qui peuvent être à l’œuvre et voudraient préserver des intérêts?de multinationales en Afrique. Quand considérera-t-on que la mission de la France est terminée?? Mais la priorité demeure de permettre au Mali de retrouver?son intégrité, de se doter d’institutions démocratiques,?et de suivre un chemin progressiste. L’intervention militaire n’est évidemment pas de nature à fixer ces étapes-là, mais elle est un préalable. Une non-intervention aurait?été une lâcheté, la France doit affirmer clairement l’objectif, la reconstruction d’un État démocratique?– et s’y limiter. Cette intervention suscite un certain malaise, probablement en raison du deuil impossible?et inachevé de la Françafrique. Comment ne pas percevoir le poids de la colonisation et l’héritage de frontières tracées artificiellement, dans le conflit actuel??

En même temps, vous avez exprimé, au nom du groupe,?de «?lourdes réserves?»…

François Asensi. Le scénario d’une offensive vers le Sud malien était prévisible, cette colonne armée ne s’est pas formée en 48?heures… L’intervention n’était pas inéluctable, le mandat de l’ONU n’est pas un mandat impératif d’intervenir. Saurons-nous prendre le dessus?sur les troupes djihadistes sans provoquer leur repli?sur les pays voisins?? Le risque de déstabilisation?de toute la région – Niger, Mauritanie, Algérie – est réel.

Vous craignez enfin le réveil de l’idée, funeste,?de «?choc des civilisations?»…

François Asensi. Les mots ont un sens, le gouvernement parle de «?terroristes?», alors que l’on a affaire?à des fondamentalistes qui n’ont rien à voir avec?l’islam et qui font du Sahel une plaque tournante?des trafics. À titre personnel, je considère la solution militaire en échec en Afghanistan et en Irak. Engager une guerre contre le terrorisme en général me fait craindre le réveil de la guerre civilisationnelle. L’alchimie à l’œuvre est dangereuse pour la démocratie et les peuples.

Entretien réalisé par Lionel Venturini