• Prime contre dividendes: Lagarde dégonfle la baudruche

"La priorité du gouvernement, c'est améliorer le pouvoir d'achat des Français", avait affirmé le ministre du Budget, François Baroin, après avoir annoncé il y a huit jours qu'il voulait pousser les entreprises distribuant des dividendes à leurs actionnaires, à verser une prime de 1000 euros aux salariés. Mais ce lundi matin, sa ministre de tutelle Christine Lagarde s'est employée à dégonfler l'annonce. (à lire: Partage des profits: la prime d'abord pour les actionnaires)

D'une part, le montant a changé: il est dorénavant à discuter entre chefs d'entreprise et représentants des salariés. D'autre part et pour calmer les inquiétudes du Medef, le versement hypothétique d'une telle prime donnerait lieu à une exonération de charges, selon la ministre de l'Economie sur LCI. Cette prime serait instaurée par le projet de loi de finances rectificative de juin "pour que se soit applicable dans les meilleurs délais", a poursuivi Christine Lagarde.

  • Le Medef sur le dos du gouvernement

Avant même ces rectificatifs de Christine Lagarde, la redistribution annoncée avait du plomb dans l'aile, tant le Medef a tiré à boulet rouge dessus ce week-end. "Pourquoi uniquement les salariés? Pourquoi pas les fonctionnaires? Pourquoi pas les professions libérales? Pourquoi pas tous ceux qui ne travaillent pas dans les entreprises ?", s'est demandé la patronne des patrons Laurence Parisot sur France Inter ce lundi matin. (à lire: L'investissement rongé par les dividendes)

Celle-ci a crié misère pour les "entreprises françaises (qui) ont des marges qui s'effondrent, des taux de profit en moyenne de dix points inférieurs aux entreprises allemandes. " Et "qui s'occupe des TPE et des PME ? C'est ça le cœur du problème et je suis étonnée de voir que personne ne se soucie de ce que ce que tout ceci veut dire pour les petites et moyennes entreprises."

  • Pas le compte, pour les syndicats

Pour le numéro un de la CFDT François Chérèque, "vous avez un effet d'annonce où on donne le sentiment qu'on règle le problème du pouvoir d'achat" mais "il y aura beaucoup de déçus inévitablement, ça va retomber sur le gouvernement", a-t-il prédit ce lundi matin sur France Info.

La semaine dernière, Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, avait déjà dénoncé une forme de "compensation dans la communication politique" en référence à la réforme de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). "Le "travailler plus pour gagner plus" se fait laminer par les faits depuis des années et je considère qu'on entre dans la période où les enchères montent pour obtenir des voix aux prochaines élections. M. Baroin semble fixer le prix du bulletin de vote à 1.000 euros", avait-il ajouté.

Pour le syndicaliste, 75% des Français sont mécontents de la politique économique et sociale de Nicolas Sarkozy. "Le chef de l'Etat, qui décide de tout dans le moindre détail, est depuis le début bien plus à l'écoute du patronat que des salariés. J'avais dit que le conflit des retraites aurait des conséquences profondes et durables pour lui. Les élections cantonales en sont la première preuve. Sans doute pas la dernière."

  • Pas d'augmentation pour les fonctionnaires

En même temps qu'il planche sur sa prime, le ministère des Finances fait déjà filtrer, via Les Echos de ce matin, la poursuite du gel des salaires dans la fonction publique en 2012.

En pleine surenchère d'austérité vis-à-vis de ses partenaires européens, le gouvernement Fillon ne peut se permettre le coût budgétaire d'une hausse du point d'indice, évalué à 900 millions d'euros par an par point en plus pour les trois fonctions publiques (Etat, territoriale et hospitalière), qui totalisent 5,2 millions d'agents.

Pour arrondir les angles, indique le quotidien, Bercy lance un nouvel enfumage: la perspective d'un nouveau "point d'étape" en fin d'année, avec l'éventualité d'un "geste futur", si la croissance a bondi, "ou si, à l'approche de l'élection présidentielle, l'urgence politique fait bouger les lignes". Avec autant de si…

  • Le pouvoir d'achat s'érode

Ces pas de danse du pouvoir interviennent alors que l'Institut national de la statistique (Insee) a révélé que les prix avaient augmenté de 0,8% en un mois, après +0,5% en février. Cette augmentation est sensible à la pompe où le prix de l'essence atteint des niveaux records, mais aussi dans le panier de la ménagère du fait de l'envolée des prix des matières premières agricoles. (A lire: les mesurettes du gouvernement sur le prix des carburants)

"Ces multiples hausses, dont les niveaux sont bien supérieurs à ceux de l'inflation, touchent les consommateurs dans leurs dépenses quotidiennes les plus essentielles : la voiture, le chauffage, l'électricité et le gaz, l'alimentation. Ce sont évidemment les ménages modestes et les classes moyennes, qui les ressentent le plus vivement", a déploré vendredi l'organisation de consommateurs CLCV, qui demande des "négociations". (à lire: le tarif réglementé du gaz aurait dû baisser cette année)

  • Les salaires toujours en panne

Dans ce contexte, la modération salariale passe mal au sein des entreprises où des conflits apparaissent, alors que selon le cabinet de conseil en ressources humaines Aon Hewitt, les hausses de salaires devraient se limiter à 2,6% en 2011, contre une moyenne de 3,3 à 3,5% durant les trente dernières années.

D'où la multiplication de conflits salariaux dans les entreprises, comme chez Carrefour, dans l'usine d'Onnaing (Nord) de Toyota, ou celle de Ferrero à Villers-Escalles, près de Rouen.

  • Pas de coup de pouce pour le SMIC

Dans l'immédiat, par un effet mécanique de la loi, l'augmentation de l'inflation pourrait entraîner automatiquement une revalorisation de 2% du Smic en juin ou en juillet. Il ne faut pas là non plus attendre de coup de pouce de la part d'un gouvernement engagé dans la modération salariale, cet euphémisme.

 

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