Ils l’avaient annoncé et plus personne ne doutait qu’ils le feraient?: les sénateurs du groupe communiste, républicain et citoyen (CRC) ont rejeté hier la partie recettes du budget de la Sécurité sociale pour 2013 (PLFSS), avec pour conséquence de stopper l’examen du texte, la gauche ne disposant pas de majorité sans les voix des 20 sénateurs CRC.

Ce n’est pas une première. Le projet de loi sur les tarifs de l’énergie, celui sur la programmation des finances publiques (PLPFP 2012-2017) avaient été rejetés par le Sénat dans des conditions similaires. La diversité au sein de la majorité entrant sans doute doucement dans les mœurs, les réactions de chacun ont semblé cette fois mesurées. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a regretté que «?la majorité ne soit pas d’avantage rassemblée?», actant la présence du groupe CRC en son sein alors qu’après le rejet du PLPFP, Arnaud Montebourg ou Bruno Le Roux n’avaient pas hésité à les assimiler à l’opposition de droite. François Rebsamen, président du groupe PS, souhaitant que le groupe CRC «?redevienne le partenaire historique qu’il a toujours été », dit ne pas comprendre ce vote, car le PLFSS «?contient des mesures sur lesquelles communistes et socialistes s’étaient retrouvés l’an dernier?». Plus tranché, Pierre Moscovici estimait que les communistes faisaient « fausse route » : « Ce pays a un cap et un capitaine. »

Un argument que lui retourne Éliane Assassi, présidente du groupe CRC au Sénat, dans son intervention?: si elle n’hésite pas à noter des avancées, elle estime que «?le gouvernement pouvait parvenir à dégager des recettes (…) en reprenant les dispositions adoptées ici l’an dernier?». Les communistes souhaitaient notamment un retour sur les mesures prises dans l’opposition à Nicolas Sarkozy?: franchises médicales et taxe sur les mutuelles. Autre regret?: «?Le gouvernement a choisi un financement assis sur la fiscalité plutôt qu’un renforcement des cotisations?», ces dernières étant une «?forme socialisée de salaire?». Le gouvernement devrait convoquer une commission mixte paritaire, mardi, pour faire adopter le texte.

Jeudi soir, le Parti socialiste a dit "regretter profondément" le rejet du projet de budget 2013 de la sécurité sociale par les sénateurs communistes. "Pour la troisième fois depuis le début de la législature, les sénateurs du Front de Gauche ont voté avec la droite sénatoriale", precise un communiqué co-signé par Charlotte Brun, secrétaire nationale aux Affaires sociales, et Guillaume Bachelay, secrétaire national aux Relations extérieures. Vendredi matin, le Parti communiste, via un communiqué signé notamment par son porte-parole, Olivier Dartigolles, souligne que "l'attente d'une politique de gauche est grande dans le pays, il faut donc y répondre avec des actes concrets pour une protection sociale solidaire et une sécurité sociale renforcée. Le gouvernement doit entendre et mettre le cap à gauche !". "Il est encore possible d'avoir un projet de financement de la Sécurité sociale qui marque une orientation de gauche comme la suppression des exonérations de cotisations pour les entreprises ne respectant pas leurs obligations en matière d'égalité salariale. Pourquoi par exemple le PS a-t-il refusé avec la droite cet amendement ?, s'interroge le PCF.