A "l'Huma", entre Front de gauche et PS, ce n'est pas la fête

Jean-Luc Mélenchon les appelle "les ayants droits" de la victoire de François Hollande. Ils sont nombreux dans les allées de la fête de l'Huma à avoir voté pour le candidat socialiste au deuxième tour de la présidentielle, après avoir voté Front de gauche au premier tour. Quatre mois plus tard, les visages se ferment et les mots sont durs quand il s'agit d'évoquer les premiers pas du gouvernement. "Je suis très déçu", confie Brahim, militant communiste de Dijon, qui arbore un T-shirt à l'effigie de Che Guevara. "Sur les licenciements par exemple, on n'a vu aucun changement."

Personne ici n'a oublié le slogan du candidat. Il s'affiche sur beaucoup de stands en version

détournée : "le changement c'est maintenant. Et maintenant c'est quand?" Pour Maryse, attablée avec ses amis au stand Noisiel, "il faut que Hollande réponde aux attentes. L'augmentation du Smic c'était loin d'être suffisant."

Roger (ci-contre à droite), militant de Gennevilliers, est un peu moins sévère : "Hollande a fait des choses positives : le coup de pouce au smic, la rentrée scolaire, mais sur les retraites à 60 ans c'est très minime. Il faut aller beaucoup plus loin." Sur la table, les moules s'entassent. Jean-Maurice coupe son ami avec des grands geste du bras qui manquent de tout renverser : "Il faut qu'ils mettent carrément la barre à gauche et ils ne la mettent pas. Ils avaient promis qu'ils feraient tout pour sauver les usines. (...) Sous Mitterrand, on avait eu la hausse du smic et la 5e semaine de congés payés", rappelle-t-il.

Fils de communistes, il a le PCF dans son ADN. Ce fonctionnaire territorial syndiqué à la CGT (ci-contre à gauche) ne se réfère qu'à l'Huma, sa "bible". C'est là qu'il lit tous les jours ce qui ne va pas, les plans sociaux et "les milliards de bénéfice au niveau de la Bourse". Lui a refusé de voter Hollande au second tour. Le PCF ? "Le problème qu'on a c'est qu'on n'a pas un type comme Georges Marchais. On n'a plus de personnage comme Jojo". Et Mélenchon? "Les journalistes présentent la fête de l'Humanité de Mélenchon. Mais c'est la fête des communistes ici."

Le repoussoir du TSCG

Comme beaucoup ici, Jean-Maurice place le traité européen au centre de ses préoccupations. Roger prévient : "S'il s'engage sur le traité Merkel Sarkozy c'est très grave, ce pacte va le corseter. J'irai à la manifestation du 30 pour ne pas qu'on signe le pacte germano..." Le lapsus fait rire tout le monde.

Le rassemblement du 30 septembre contre le TSCG, ils assurent tous qu'ils y seront. Mais pour la plupart il ne s'agit pas - encore ?- de manifester contre Hollande. Rémi, vêtu d'un T-shirt rouge très couleur local veut être patient. "Je ne peux pas tirer à boulet rouge après seulement quatre mois. Il faut attendre pour voir." Pour lui Hollande a déjà à son crédit d'avoir battu la droite : "la chose principale c'était de virer Sarkozy. Pour le reste on n'a encore rien vu."

Nicolas Chapuis et Maël Thierry