Le PS souhaite «?limiter les concentrations?» mais «?sans interdire l’émergence de groupes multimédias?». Et de plus, il n’envisage que de «?privilégier?» lors «?de lancement de chaînes les opérateurs indépendants des groupes titulaires de marchés publics?».

Selon nous, nos camarades se mettent dans une contradiction insoluble.

Comment limiter les concentrations si, comme le propose le PCF, ne sont pas interdits les monopoles nationaux et régionaux qui font tant de mal au pluralisme?? Nous souhaitons de plus assurer l’étanchéité entre actionnaires et rédactions.

Comment ne pas interdire aux groupes tributaires de commandes de l’État (Bouygues, Dassault, Lagardère) de posséder des médias, alors que les intérêts marchands de ces groupes influent sur les lignes éditoriales, comme en témoigne Alain Duhamel évoquant Lagardère et Europe 1 (Cartes sur table)?: «?Il essayait d’influer mes papiers sur le Proche-Orient?: ses activités dans l’armement le rendaient extrêmement chatouilleux dès qu’on évoquait ce sujet.?» Plus inquiétant, le PS n’évoque pas le renforcement du principe coopératif de la distribution de la presse écrite, mis en danger par nombre d’éditeurs?; rien non plus sur la refonte nécessaire des aides postales, de l’aide au transport et des aides aux journaux à faibles revenus publicitaires. Pour nous, il est urgent de créer une structure de régulation de la presse dont les missions concerneraient l’impression, la distribution et les outils. Et devant les difficultés des imprimeries, pourquoi ne pas créer un pôle public d’imprimerie??

En ce qui concerne l’audiovisuel public, qu’il faut absolument refonder, c’est encore plus inquiétant.

Le PS trace quelques pistes, mais précise que ce sera sans «?remettre en cause l’ensemble des contrats d’objectifs et de moyens?». Plus grave, pour France Télévisions, il envisage «?une correction de périmètre?» qui «?dégagera des marges de redéploiement?» par «?des économies de rationalisation de gestion, de synergies entre France Télévisions, l’Audiovisuel extérieur de la France et les chaînes parlementaires?»?! Nos camarades se prépareraient-ils à privatiser une ou plusieurs chaînes?? Quand aux synergies et aux économies, on sait qu’elles se réalisent toujours sur le dos des salariés?!

Pour nous, a contrario, il est indispensable de réinvestir dans le public et de créer un pôle public qui irait de la production à la diffusion et comprendrait France Télévisions, Radio France, l’Audiovisuel extérieur de la France et l’Institut national de l’audiovisuel. Et devant la position de quasi-monopole des groupes de télécommunications, reconstituer un pôle public en renationalisant TDF et France Télécoms

Pour France Télévisions, le PS «?exclut de rétablir la publicité en soirée?» et d’augmenter la redevance, maintenant ainsi l’instabilité financière et le risque de censure des taxes de remplacement par la Commission européenne. Il faudra bien pourtant porter la redevance au niveau moyen européen par étapes et la moduler en fonction des revenus si nous voulons pérenniser le financement de l’audiovisuel public. Autre proposition indispensable pour déprécariser le secteur, imposer les groupes privés en fonction de leur politique d’emploi en CDI et du respect des conventions collectives.

Enfin, le PS ne s’engage pas suffisamment sur l’instauration d’une nouvelle démocratie sociale dans les entreprises. Il veut certes une «?meilleure représentation du personnel dans les conseils d’administration?», mais sans préciser son niveau. Nous affirmons pour notre part que les syndicats devront trouver une place égale à 50?% des membres et qu’il faudra créer un collège d’usagers.

Dans toutes les entreprises de presse, nous voulons aussi permettre aux rédactions de s’opposer aux nominations des responsables éditoriaux par saisine des comités d’entreprise.

Pour le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), qui a failli depuis des lustres, il ne suffira pas qu’il soit «?politiquement équilibré?».

Nous proposons de créer un Conseil supérieur des médias qui assurerait les fonctions du CSA, du Bureau de vérification de la publicité et des autorités de régulation et serait composé de parlementaires, de professionnels et de représentants des syndicats. Et pour que les citoyens aient leur mot à dire, nous souhaitons créer des états généraux des médias, constitués de professionnels, de parlementaires, de syndicats, d’associations.

Rien n’est dit sur le Web, alors que se pose de plus en plus la question d’interdire la brevetabilité des logiciels, voire de créer une plate-forme publique de téléchargement. Oui, c’est bien de ruptures dont le pluralisme a besoin, du type de celles, en cours d’actualisation, proposées par la commission médias du PCF («?Pour une réappropriation populaire des médias?», 2004, en ligne sur le site du PCF).

Jean-François Téaldi