samedi 16 janvier 2010, 15:42
LGV : le monde agricole s'en mêle.... Un tracé au service de qui?
Agriculture. Comment seront indemnisés les producteurs touchés par le tracé ?

Le tracé est désormais connu, les communes traversées aussi, et depuis lundi, la ligne à grande vitesse est entrée, au futur, dans la vie quotidienne des riverains de ce ruban de 75 km qui doit traverser le département d'ouest en est.
À deux reprises cette semaine, des représentants du monde agricole se sont exprimés sur le sujet. Pas plus tard qu'hier, à la chambre d'agriculture du Lot et Garonne, Michel de Lapeyrière, son président, a réaffirmé qu'il était favorable au projet. « Le monde agricole ne peut pas rester figé, sans regarder devant. Mais il ne faut pas baisser la garde et obtenir des compensations pour le foncier qui va être concerné par le tracé ». Soit, selon lui, 250 à 300 ha au total quand le tracé le plus fin aura été dessiné sur la carte. La bande des 1 000 m, c'est aujourd'hui beaucoup plus, près de 800 ha. « Les agriculteurs doivent être indemnisés sur la vraie valeur de l'entreprise. C'est dans ce domaine qu'il faut que le monde agricole reste vigilant ».
1 500 ha ?
Vendredi, Jean-Luc Poli, président du syndicat d'exploitants FDSEA 47, s'est lui aussi interrogé à la tribune de son congrès départemental sur les conséquences de l'arrivée de la ligne à grande vitesse, qui n'est toutefois pas attendue avant 2020. « Nous ne sommes pas opposés au développement économique mais l'agriculture fait partie intégrante de l'économie du département. Le foncier, indispensable à notre métier, doit être respecté et non considéré comme une réserve dans laquelle on puise pour développer les autres activités ».
Selon le président de la FDSEA, « avec les nouvelles infrastructures qui se mettent en place, comme les zones d'activités économiques », ce serait plus de 1 500 ha de terres qui vont disparaître.
« Rien que pour la ligne à grande vitesse, c'est plus de 950 ha. »
Expropriations
Ce n'est que le début, 2011 étant l'année retenue pour le début des enquêtes publiques. Auparavant, le tracé doit maigrir.
Une première bande de 1 000 m doit être dessinée avant la fin juin, puis un fuseau de 500 m autour de l'emprise de la ligne nouvelle avant les fêtes de fin d'année, et d'environ 100 m ensuite.
C'est à la fin de l'année que les exploitants concernés auront une idée précise de l'impact de la LGV chez eux.
Cliquez sur l'image pour agrandir la carte
Note de la Rédaction de Moissac au coeur:
Bien que non concernés directement, les habitants des cantons de Moissac ont raison de s'interroger sur la manière dont est conçu ce tracé pour un équipement nécessaire. En effet, les emprises sur les terres agricoles sont d'importance et entre l'urbanisme galopant et les grands travaux générateurs de moins de terres cultivables (plate-formes logistiques immenses, tracé LGV....), le 82 risque de perdre un de ces atouts majeurs, l'agriculture, première entreprise en 82.
Ce sont des dizaines de familles qui risquent de se voir priver ainsi de revenus corrects faute de terres en quantité suffisantes à cultiver. C'est aussi la porte ouverte à un productivisme destructeur pour nos terres
Les communistes des cantons de Moissac se prononcent pour une agriculture raisonnée, voire bio quand cela est possible, permettant d'assurer des revenus décents aux agriculteurs dans un environnement préservé. Le tracé de la LGV qui sera du domaine privé ne doit pas se traduire par l'abandon du caractère rural de nos contrées. Pour cela, l'état doit obliger l'opérateur privé de ce projet à respecter les habitants et leurs activités.




Commentaires
On ne nous dit pas tout !
Depuis des semaines, la population de Bénis, quartier rural de Castelsarrasin, est sous le choc ; les trois tracés de la Ligne à Grande Vitesse Bordeaux-Toulouse passent par le hameau. Les habitants suivent l’évolution sur Internet, et à chaque rencontre informelle on analyse l’impact des tracés. L’angoisse s’installe. Tel agriculteur vient d’aménager des hangars, tel autre a installé des panneaux photovoltaïques. Qu’adviendra-t-il ? Et les personnes âgées ? A quatre vingt ans, que reconstruire ? Si le mot suicide n’est pas prononcé, on entend « je partirai avec ma maison ».
Du côté des élus, silence, et c’est ce silence qui témoigne de leur mépris à l’égard du quartier qui est le plus douloureusement ressenti, cet abandon nous a blessé. Aucune information alors que d’autres s’organisent en association pour débattre et être entendus.
Le lundi 4 janvier, réunion des élus à la Préfecture de Montauban et manifestation des associations, huit habitants du quartier décidons d’y aller. Nous comprenons vite qu’on ne nous dira rien à l’issue de la réunion, nous prenons alors l’initiative de convoquer les habitants de la vallée pour une rencontre avec Monsieur le Maire le jeudi 7 janvier à 8 h 30. Lors de cette réunion, Monsieur le Maire nous a présenté un tracé sur plan cadastral passant au beau milieu de Bénis et « impactant » une vingtaine d’habitations restaurées avec respect et attachement. Pas de remarque, pas de soubresaut, seule inquiétude pour Monsieur le Maire « que ni le lycée, ni la station de pompage ne soient impactés ». Et nous ?
Après la réunion du 11 janvier à Bordeaux, un ultime tracé apparaît légèrement plus au Sud des précédents, quelques maisons seraient encore menacées.
Bénis, reconstruit après les terribles inondations de 1875, sera-t-il anéanti par l’homme ?
Des habitants de Bénis