"L'enjeu est bien national et doit faire fi des appétits locaux", écrivent dans un communiqué une dizaine d'associations  (dont FNE, LPO, WWF, Mountain Wildernes) qui "lancent un appel à la mobilisation de l'opinion publique pour que les parcs nationaux ne soient ni pris en otage, ni détournés de leurs missions de service public par les réactions de certaines collectivités locales".

Depuis la création en 1960 des parcs nationaux, les tensions entre les associations de défense de la nature et les élus locaux ont toujours été vives. À l'occasion de l’entrée en application de la loi de 2006 qui prévoit notamment l’élaboration de « chartes » de développement, applicables dans les territoires voisins des parcs nationaux, ces tensions se sont à nouveau avivées. Comme les neuf autres parcs, le Parc national de la Vanoise doit adopter cette charte, qui régira son développement pour les quinze années à venir. Soumis récemment au vote, le projet de charte du parc de la Vanoise a obtenu l'avis défavorable de 26 des 29 communes concernées. Ces dernières fustigent un projet trop contraignant.  "Nous avons déjà trop de contraintes, il faut arrêter d'entraver le développement économique des stations", dénonce le maire Olivier Zaragoza en rappelant que 5.000 salariés vivent du tourisme à Tignes. "Ce n'est pas au parc de décider du développement des stations. Il y a des élus pour le faire", déplore également le maire de Courchevel, Gilbert Blanc-Tailleur.

Pour leur part, les défenseurs du projet craignent que cette opposition aboutisse à réduire la portée de la charte au seul "cœur du parc" qui s'étend sur 529 km2, alors que l'aire "optimale", à laquelle les communes peuvent adhérer librement, s'étend elle sur 1.450 km2. "Le cœur du Parc bénéficie d'une protection forte mais, déconnecté du territoire voire cerné par un développement industriel du tourisme, se trouve menacé indirectement", estiment les associations écologistes, parmi lesquelles figurent le WWF, la ligue de protection des oiseaux (LPO) ou Mountain Wilderness. Dans son aire d'adhésion, le parc est déjà parcouru par 520 remontées mécaniques réparties sur une vingtaine de stations de sports d'hiver.

Le projet, mis en ligne sur le site internet du parc national, entend "limiter le dérangement de la faune par les activités de loisirs en espaces naturel". Il estime que dans des secteurs "fortement aménagés, notamment en Tarentaise, la densité des équipements et leur exploitation génèrent de forts impacts négatifs sur les paysages, les espèces et les milieux naturels et pèsent sur la ressource en eau". "Par endroits, les besoins d'extension et les projets de liaison entre domaines se heurtent aux objectifs de protection du patrimoine naturel", peut-on aussi lire dans le projet qui reconnait toutefois que sur le plan économique, "la réussite est plutôt éclatante". "En deux générations, la région, autrefois pauvre et caractérisée par un exode rural massif, s’est considérablement enrichie, au point d’être aujourd'hui parmi les plus prospères à l’échelle nationale", remarque ainsi la présidente du conseil scientifique du parc national de la Vanoise, Isabelle Mauz.

Enquête publique

Une enquête publique, ouverte lundi, s'achèvera le 21 janvier. Après amendement suite à cette consultation, le Conseil d’État statuera sur le projet final puis la charte sera approuvée par décret. "Surpris" par la fronde des stations, Yves Paccalet, conseiller régional écologiste et administrateur du Parc national de la Vanoise a lancé une pétition afin "que la charte soit adoptée en l'état", qui a été signée par quelque 14 000 personnes. "Nous sommes déjà en sur-urbanisation avec de nombreux lits froids (inoccupés). Il est normal de réduire les ambitions dans ce domaine", argumente l'élu écologiste qui remettra la pétition aux commissaires enquêteurs. "Les stations ne sont pas les seules à décider, comme son nom l'indique il s'agit d'un parc national", poursuit Yves Paccalet qui assure avoir reçu le soutien de nombreux touristes.

Les associations craignent aussi une diminution des moyens dévolus aux parcs nationaux. "Les diminutions de personnel et l'élargissement des missions font craindre une perte de protection des cœurs des Parcs" s'inquiètent-elles. Les syndicats des salariés des parcs nationaux – en grève le 15 novembre dernier – relèvent une baisse constante des effectifs.

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