Le projet de loi de programmation des finances publiques (PLPFP), comme son nom l’indique, fixe une orientation pluriannuelle aux budgets. Celui soumis au Parlement cette année intégrait les orientations imposées par le traité budgétaire européen, c’est-à-dire la priorité à la réduction des déficits publics. En clair?: l’austerité. C’est ce texte qui prévoyait de ramener à marche forcée le déficit public à 3?% du PIB en 2013 et jusqu’à 0,3?% en 2017.

«?nous travaillons à ce que la gauche réussisse?»

Jeudi matin, les responsables socialistes ne faisaient pas dans la dentelle en réaction au vote de la nuit. Pour le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, «?il y a ceux qui sont dans la majorité et ceux qui ne le sont pas, donc ils ont décidé d’unir leurs voix?». Cet argument, visant à laisser penser que, contre le gouvernement, communistes et UMP formeraient une opposition soudée, avait déjà été entendu lors du rejet de la proposition de loi Brottes sur l’énergie. Il est pourtant contesté par tous les responsables communistes, à l’instar d’Éliane Assassi, présidente du groupe communiste républicain et citoyen (CRC) au Sénat?: «?Nous appartenons à la majorité parlementaire et nous travaillons à ce que la gauche réussisse?», rappelait-elle hier matin sur Public Sénat.

«?nous ne sommes pas dans une position rigide?»

Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, estimait, pour sa part, que «?les élus communistes devraient s’inspirer de ce que nous faisons aujourd’hui pour discuter, pour essayer d’amender, pour essayer de travailler avec nous plutôt que d’être dans une opposition qui est en train de se marquer trop fortement?», alors qu’il y a peu Éliane Assassi regrettait à l’inverse que?: «?certains membres du gouvernement utilisent nos votes sans pour autant nous entendre, nous recevoir, travailler avec nous en amont sur les textes importants?» (l’Humanité du 2?novembre 2012). À son crédit, le rejet du PLPFP ne peut pas être considéré comme une surprise. Voter pour ce texte dicté par le traité budgétaire, auquel les communistes s’étaient opposés, serait apparu pour le moins incohérent. «?Nous voulons que la gauche réussisse, or aujourd’hui cette loi de programmation nous inscrit dans une politique d’austérité qui va nous mener à la récession, c’est-à-dire à un chômage de masse, donc nous votons contre cette loi?», expliquait la députée Marie-George Buffet.

Le rejet d’un texte gouvernemental risque-t-il de se reproduire?? «?Oui, cette situation peut potentiellement se renouveler (…) mais nous ne sommes pas non plus dans une position rigide face au gouvernement?», estime Éliane Assassi. Prochain rendez-vous : l’examen cette semaine du projet de loi de finances de la Sécurité sociale (PLFSS). Les communistes ont déjà averti que, faute d’amendements importants, ils s’opposeraient à son adoption.

Une majorité de combat ? 

Lorsqu’en 2011, le Sénat a basculé à gauche, les sénateurs socialistes et communistes ont travaillé ensemble à la rédaction d’un contre-budget, présenté par la rapporteuse du budget, Nicole Bricq. La sénatrice socialiste de Seine-et-Marne voulait «?envoyer un message?: il existe une alternative politique?», disait-elle alors. Le sénateur PS du Finistère, François Marc, voulait quant?à lui «?enrichir le débat de propositions venues de la gauche?et jusqu’alors assez systématiquement rejetées?». Cette ligne est aujourd’hui défendue par les seuls sénateurs CRC, qui espèrent que la majorité socialiste retrouvera les accents offensifs?qui étaient les siens dans l’opposition.

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