Pourtant, tel n’a pas toujours été le cas. Arrivés dans la roue de la pétrochimie dont ils constituent une des branches, les « phytos », comme on les appelle, ont autorisé et accompagné la « révolution verte », qui a permis à l’agriculture européenne de se développer et de nourrir la population bien au delà des frontières du continent. Assimilés au progrès, ils ont été utilisés pendant des décennies par les agriculteurs sans précautions, sans informations… sans retenue. Pendant la même période, les efforts de recherche ont avant tout porté sur le moyen de développer leur apport, plutôt que sur leurs dangers potentiels dont certains, pourtant, auraient pu être connus de longue date.

Mais à mesure que l’utilisation massive d’intrants de synthèse produisait ses effets, il n’a plus été possible d’ignorer les alertes. Suffisamment pour que les scientifiques se penchent à leur tour sur la question et que peu à peu, sortent des études établissant des liens entre pesticides et cancers, pesticides et Parkinson, pesticides et malformations congénitales, pesticides et allergies…

Les agriculteurs, premières victimes

Nous n’en sommes, hélas, qu’au début de la connaissance en ce domaine – ce qui n’est d’ailleurs pas spécialement rassurant. Mais il ne serait ni raisonnable ni responsable de continuer à nier ou à minimiser l’ampleur du problème. Pas plus responsable serait la recherche de faux coupables : les agriculteurs ne vivent pas dans un monde à part et sont, dans leur immense majorité, au moins aussi conscients du problème que le moindre des « écolos de ville ». Ils en sont d’ailleurs, comme les travailleurs de l’amiante en leur temps, les premières victimes. L’expérience et la trajectoire d’un Paul François sont à cet égard particulièrement éclairantes (voir page 5).

Car les agriculteurs sont pris au piège d’un système. Sans même parler de bio, des solutions existent pour sortir des pesticides ou, du moins, réduire grandement leur consommation. Mais si elles peinent tant à s’imposer, c’est aussi parce que la mise en concurrence globale des producteurs sous la férule de l’OMC et la volonté de fer des industriels de l’agroalimentaire d’imposer les prix les plus bas poussent sans cesse les producteurs, dans un redoutable mouvement de ciseau, au moins-disant écologique – symbolisé de façon démagogique par l’exclamation hypocrite et désormais célèbre de Nicolas Sarkozy : « L’environnement, ça suffit! ». Mensonge : Nicolas Sarkozy sait parfaitement que pour sortir du piège de la chimie, il faut aussi sortir du piège de ce libéralisme sans avenir pour la planète et ceux qui l’habitent, dont il a fait son dogme.

Le lien pour accéder au doc sur la quantité de pesticides dans l'air:  http://www.oramip.org/backoffice/classeur/showCarte.php?id=319&bugMoz=0

 

  • Entretien avec Paul François, agriculteur charentais lui-même victime en 2004 d’une grave intoxication.

Quelle aide concrète souhaitez-vous apporter aux utilisateurs professionnels ?

"D’abord, briser l’isolement, dire aux malades qu’ils ne sont pas seuls. Ensuite, les aider dans les démarches administratives pour établir le lien entre maladie et activité professionnelle. Leur expliquer quels sont leurs droits ; et si cela ne suffit pas, les orienter vers des avocats qui ont déjà plaidé ce genre de situations". --> Lire la suite de l'entretien

  • Quand l’azote devient un problème

C’est une grande première : l’Europe se penche sur le problème de l’azote. ENA (European Nitrogen Assessment) La première grande étude européenne sur la question a en effet été publiée le 11 avril dernier. Pendant cinq ans, 200 experts de 21 pays (dont ceux de l’INRA en France) se sont penchés sur ce que devient cet adjuvant de l’agriculture intensive une fois dans les sols. Et les résultats sont inquiétants. --> Lire la suite

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Olivier Chartrain

Chroniques citoyennes: La valse du Hérisson 2008 aux éditions La Brochure



Le masque

 

Voilà un objet bigrement utile autant pour refuser de s’identifier que pour se protéger du regard des autres, pour se protéger tout court. Il existe des masques virtuels dont se parent les gens célèbres pour ne pas laisser transparaître leurs plus profonds désirs… Il y a des masques qui se déchirent avec le temps ouvrant le visage de l’autre à une lecture des sentiments comme des intentions. Le masque, même si dans notre culture, il disparaît, garde une place de choix dans le cœur des hommes et des femmes. Il n’est pas rare de rencontrer une foule de masques, cette fois artistiques, reflets de l’expression plastique d’un ou une artiste qui s’expose ainsi à la critique des visiteurs.

Le masque, je pourrais disserter encore longtemps sur cet objet à la fois fascinant et dont je regrette que l’utilité ne semble pas sauter aux yeux de mes concitoyens, surtout ceux que je croise, juché sur leur tracteur en train de vaporiser à tous les vents dans les vergers de nos collines.

Pourtant si l’on en croit les différentes études en cours, le taux de mortalité est en augmentation dans nos coteaux et les pesticides y sont pour beaucoup… Combien sont-ils à vouloir se masquer pour éviter les ingestions intempestives ?

Combien sont-ils ceux qui, le soir venu, s’interrogent sur la douleur stomacale persistante ? Combien sont-ils à refuser la réalité contenue dans les bidons de ces produits à la toxicité affichée ?

Se voiler la face ou en l’occurrence se masquer la vérité quand aux obligations de rentabilité de nos cultivateurs induit cette équation mortifère : je produis plus, je sulfate plus, je souffre de plus de cancers de la peau, de la gorge etc*…

Le masque vous dis-je et j’ose croire qu’en en cette période de grands épandages de pesticides et autres produits, les organismes de santé publique mènent campagne pour la protection des agriculteurs. J’ose le croire et pourtant à la vue des visages découverts, des tracteurs sans cabine je me prends à douter que l’information puisse être accessible à tous.

Le masque ! Au moins cela, même si il est malaisé de le supporter, de communiquer avec…. Le masque, non pour se parer de strass et de paillette un soir de carnaval mais plutôt pour se garantir une vie plus longue et s’éviter ce crabe vorace qui dévore les entrailles, pour accessoirement continuer à aller au bal du village le 14 juillet….

Le masque, la protection, messieurs les agriculteurs, en attendant que demain, il soit tout aussi rentable d’utiliser des produits phytosanitaires tout aussi efficaces et tellement moins nocifs…

A choisir, nous pourrons alors faire tomber les masques…

 

*  voir sur www.novethic.fr ainsi que sur le site www.agrobiosciences.org

 

Ecrit Le  27 avril 2007 sous le pseudo Démocrite avec parution dans le "Petit Journal"