Le projet date maintenant de quelques années. Mais c'est au mois de juillet 2007, par la voix – ce n'est pas un hasard – de la Dépêche du Midi que nous apprenons la volonté d'ouvrir à Valence d'Agen un troisième établissement d'enseignement général sur le secteur Moissac-Castelsarrasin-Valence d'Agen. A l'occasion de mobilisations locales, l'éducation nationale – interpellée à de nombreuses reprises - n'est intervenue qu'après, pour rassurer, apaiser... Les recteurs successifs assurant que rien ne se ferait sans concertation, que la complémentarité des offres de formations était de rigueur.

Pendant ce temps, hors des circuits institutionnels et représentatifs, le projet avançait... Il y a deux ans, le lycée professionnel de Valence d'Agen est devenu Polyvalent. Voilà un mois à peine, de Polyvalent, il est devenu Général et Technologique offrant les mêmes formations que les deux autres petits lycées du secteur. Oubliée, la complémentarité de l'offre...

Cette complémentarité, Moissac l'a toujours mise en avant. En effet, l'extension de l'offre publique est de nature à profiter à tous les élèves du département. Des élèves moissagais allaient bien à Valence suivre des formations professionnelles puis technologiques... Mais le projet valencien était d'une autre nature, il s'agissait d'offrir à la population de la ville (4000 habitants, un collège de 700 élèves...) son propre lycée. Les Toulousains, au passage, apprécieront...

Dans un contexte éducatif national déprimé - marqué par la réduction drastique des moyens et des postes (- 43 000 pour le secondaire pour les six dernières années!), faisant la part part belle à une offre éducative marchande parallèle, une autonomie et donc une mise en concurrence grandissante des établissements, - cette implantation ouvre une situation nouvelle : celle où trois petits établissements se disputeront pour subsister, un nombre limité d'élèves (800!) et de professeurs. Ils se disputeront les formations, les options...

Les équipes pédagogiques seront fractionnées, leurs enseignants iront d'établissement en établissement pour compléter leurs services, aux dépens des projets pédagogiques, aux dépens de l'intérêt des élèves si mis en avant.

Grâce à la mobilisation des élus, des parents, des enseignants, le 22 décembre dernier, une rencontre (M. Dugrip, recteur, M. Malvy, président de région, les élus de Moissac et de Lafrançaise, les trois chefs d'établissement du secteur... et M. Baylet) a permis d’obtenir l’extension des formations proposées au lycée de Moissac. L’ouverture de la série SMS (Sciences Médico-Sociales) permettra d’accroitre l’offre publique du département, restreinte jusqu'à lors au seul lycée Bourdelle de Montauban.

Cela étant, il n’en reste pas moins que l'on est loin du compte et que les conditions nécessaires à la pérennisation du lycée de Moissac ne sont pas encore établies.

L’ouverture du LGT de Valence d’Agen avec son nouveau secteur de recrutement propre et sur une offre directement concurrente de celle du lycée de Moissac pour ce qui concerne les séries générales (L, ES, S) ne peut pas être sans conséquences.

En effet, le secteur “valencien”, selon les années fournissait de 17à 37 % des effectifs du lycée sur les 10 dernières années, soit de 29 à 70 élèves! L’implantation de la SMS suffit-elle à compenser cette chute d'effectifs? 

Elle servira certes à fixer un certain nombre d’élèves qui auraient quitté le secteur, en postulant à Bourdelle,où à défaut dans le privé mais fixera aussi des élèves qui se seraient orientés vers d’autres filières localement. Au final, ce seront peu d’élèves nouveaux que nous accueillerons : les effectifs de cette série seront limités à 35 élèves au maximum, dont beaucoup seront déjà issus du secteur moissagais.

L'institution assure que le rattachement de Lafrançaise au lycée de Moissac compensera les pertes. On peut craindre qu'il n'en soit rien. Les Lafrançaisins s'y refusent pour des motifs divers : parents travaillant sur Montauban, fratries inscrits à Montauban, offre Montalbanaise plus « attractive », etc... Du temps pas si lointain où Lafançaise était rattachée au lycée de Moissac, ils étaient jusqu'à 85% à déroger à la carte scolaire qui n'était pas alors « assouplie » comme elle l'est aujourd'hui. L'inspecteur d'académie assure que les capacités d'accueil montalbanaises ne permettront pas d'accueillir ces élèves « hors secteur ». On ne parle là que de l'enseignement public. Gageons que le tout nouveau lycée (privé !) Théas observe avec gourmandise cette nouvelle donne...

L'offre moissagaise reste générale. En l’état, elle se trouve affaiblie. Et la série la plus menacée est la série littéraire. Il est indispensable de la conforter, faute de quoi, dans un an, deux ans... le risque est grand de la voir disparaître. Il y a cette année, à Moissac, 10 élèves en 1ere Littéraire, à Castelsarrasin, ils sont 11... Dans un contexte de réduction drastique des moyens d'enseignement, de suppression des options... qui peut croire que trois établissements pourront faire subsister des séries à petits effectifs? Dans ce contexte concurrentiel nouveau, le lycée de Moissac risque fort d'être une victime collatérale. L'implantation d'une option Enseignement Artistique « Patrimoine » absente du département, serait de nature à renforcer l'attractivité de cette série. Le lycée de Moissac pourrait alors s'appuyer sur la richesse, les infrastructures et les partenariats locaux. Cela serait en outre un point d'appui précieux pour l'obtention d'une formation post-bac BTS AGTL (Animation et Gestion Touristiques Locales), absente du nord de l'académie et dont le lycée demande l'implantation depuis quelques années.

Une option facultative Artistique Théâtre serait aussi de nature à conforter cette offre : de nombreux projets autour du théâtre sont conduits au lycée, et la ville héberge désormais une troupe de théâtre ouvrant la possibilité de partenariats productifs.

Cette situation nous ne l'avons pas choisie et nous refusons de faire les frais de choix qui ne sont pas ceux de l'intérêt général. Après avoir pris la responsabilité de fragiliser le lycée de la ville, le Rectorat et la Région doivent tout mettre en oeuvre pour assurer la pérennité de son établissement. Il faudra pour cela se faire entendre.

B.A