Ce texte comporte quelques bonnes nouvelles et laisse entrevoir des désaccords.

Les bonnes nouvelles d’abord. Ces camarades inscrivent leur réflexion «?dans le Front de gauche?», affirmant que les communistes ont dans ce cadre «?une responsabilité historique?». Nous en sommes d’accord puisqu’il ne s’agit ni plus ni moins que de faire vivre la gauche en France. Et réjouissons-nous ?de voir que ceux qui critiquaient «?l’effacement du PCF dans le Front de gauche?» aient été convaincus de l’utilité d’une démarche unitaire.

Réjouissons-nous aussi qu’ils soient décidés à mettre au pot commun «?les apports du PCF?» sur de nombreux sujets. Nous aurons besoin de toutes les énergies et de toutes les compétences militantes, de montrer toute la diversité du Front de gauche.

Autre bonne nouvelle, et contrairement à ce que les auteurs écrivent, constatons l’accord qu’il y a au sein du Front de gauche sur la redéfinition du rôle, des missions et du fonctionnement de la Banque centrale européenne comme expliqué pendant la campagne des européennes ou encore récemment au congrès du PGE. C’est un point important par ces temps d’austérité dictée par les marchés, les institutions européennes et le FMI.

Enfin, il est heureux de voir que ces camarades considèrent, eux aussi, l’élection présidentielle comme une étape décisive, loin du gauchisme naïf qui voudrait que parce que nous refusons la personnalisation de la politique, il faudrait choisir un candidat insipide et inodore, c’est-à-dire inoffensif. Au contraire, la présidentielle étant à ce point importante, choisissons un candidat offensif?!

Maintenant, les désaccords. Les auteurs laissent entendre que Jean-Luc Mélenchon et avec lui son parti, le Parti de gauche, manqueraient de cohérence. Que ces camarades veuillent bien lire les textes du PG, ils y trouveront une analyse très cohérente de la crise du capitalisme et du recul de l’intérêt général et des droits sociaux au profit des intérêts privés. Ils y trouveront des propositions qui forment un tout cohérent, visant à (re)donner au peuple toute sa souveraineté?: politique, avec une assemblée constituante et des changements dans les médias, économique et sociale, avec de nouveaux services publics, de nouveaux droits pour les salariés et le changement de politique monétaire au niveau européen, écologique, avec une planification organisant démocratiquement la transition vers un autre mode de développement, internationale, avec le retrait de l’Otan et la désobéissance européenne.

Surtout, ces camarades oublient une autre cohérence. Plus importante. La cohérence du Front de gauche?! Il n’est pas possible de revendiquer une démarche unitaire et de proposer une méthode qui la nie. En considérant que «?les communistes seront bien entendus partout (…) aux législatives?», les auteurs sous-entendent qu’il ne saurait y avoir à ces élections que des candidats du PCF, et donc que la diversité du Front de gauche ne s’y exprimerait pas.

Admettons, le PCF est le principal parti du Front de gauche, il aura donc bien légitimement la majorité des circonscriptions. Mais ces camarades revendiquent alors que le candidat à la présidentielle soit issu de leurs rangs, au motif qu’il y a un lien évident entre présidentielle et législatives. Donc pour résumer, des candidats PCF «?partout?» aux législatives et, par cohérence, un candidat communiste à la présidentielle. Nous aurions devant nous le PCF seul. Ça en serait fini du Front de gauche.

Car ce qui fait le Front de gauche et son utilité, c’est sa diversité. Cette diversité doit s’exprimer. Elle s’exprimera dans le programme, chacun apportant sa pierre à l’édifice. Elle doit aussi s’exprimer à travers les candidats. Celui qui aura la plus grosse partie des circonscriptions législatives ne peut avoir la candidature à la présidentielle. S’il ne peut ni ne doit y avoir «?d’effacement du PCF?», il ne peut ni ne doit y avoir non plus d’effacement des autres forces du Front de gauche. Sans quoi, il ne rassemblera pas aussi largement que nous le souhaitons, «?pour changer toute la gauche?», comme l’écrivent les auteurs.
Et pour parler au cœur de la gauche, et notamment à l’électorat socialiste, la meilleure candidature n’est-elle pas celle de quelqu’un qui se revendique républicain et socialiste??

Matthias TAVEL