Primaire et collège, premières victimes

Selon ce document, que l’Humanité s’est procuré, maternelle et primaire verront disparaître, au total, 8 967 postes, dont 5 600 au titre d’une « résorption » d’un actuel « surnombre » d’enseignants, lié à une mauvaise anticipation du nombre de départs en retraite en 2010. Des enseignants qui étaient néanmoins dans les classes... Dans le même temps, quelque 8 900 nouveaux élèves sont attendus sur les bancs de l’école. Le secondaire, qui comptera à la rentrée prochaine 48 500 élèves de plus, devra faire avec 4 800 postes de moins. Le ministre Luc Chatel ayant promis une réforme du lycée « à moyens constants », c’est le collège qui devrait principalement faire les frais de cette coupe claire. S’ajoutent, enfin, 600 postes au sein des personnels administratifs et 1 633 dans l’enseignement privé sous contrat.

Les académies dans le rouge

Dans le primaire, l’académie de Lille sera la plus touchée, en valeur absolue, avec 336 postes de moins. Elle est suivie par l’académie de Nancy-Metz, qui voit 298 postes supprimés, et celle de Caen (– 195 postes). Dans le secondaire, Nancy-Metz arrive en tête (524 postes supprimés) suivi de Versailles (493 postes), puis Lille (470 postes) et Créteil (426 postes). Cette répartition par académie va être transmise désormais aux recteurs. Ils dévoileront en février la répartition par département, puis, en mars, celle par établissement.

Le faux argument de la démographie

Selon le ministère, cette répartition, pilotée pour la première fois directement par les recteurs, « repose sur une prise en compte approfondie des spécificités de chaque académie ». L’argument vaudrait pour la Martinique (– 139 postes) et l’académie de Nancy-Metz (– 524 postes), deux lieux où le nombre d’élèves en secondaire est annoncé à la baisse. Mais ne tient pas dans de nombreuses autres académies comme celle de Lille (+ 1,34 % d’élèves et 470 postes en moins) ou de Créteil (+ 1,19 % d’élèves et 426 postes en moins), qui accueillent, par ailleurs, de nombreuses zones d’éducation prioritaire. Surtout, cette politique de la serpe ne tient pas compte de la réalité démographique à moyen terme : 774 800 naissances en 2000 contre 830 000, en moyenne, depuis 2006. Soit 7 % de plus. Dans le même temps, 90 000 postes ont été supprimés dans l’éducation nationale, dont 66 400 depuis 2007...

Une politique qui va à contresens

En 2010, la majeure partie des suppressions de postes a été absorbée par la disparition de l’année de stage des jeunes enseignants. « Cette fois, ce seront les postes devant les élèves qui vont être concernés », déplore le Snes-FSU, premier syndicat du secondaire. Comme le précise le « Schéma d’emploi 2011-2013 » du ministère, révélé en mai dernier, les inspecteurs d’académie sont invités à actionner plusieurs « leviers » pour tenir ces objectifs budgétaires. Au programme : augmenter le nombre d’élèves par classe, piocher dans les postes d’enseignants spécialisés dans la difficulté scolaire (Rased) ou encore diminuer la scolarisation des enfants de moins de trois ans... « C’est un contresens éducatif qui s’oppose aux conclusions de la Cour des comptes et aux résultats des tests Pisa qui montrent que la France prend mal en charge les élèves en difficulté et laisse se creuser les inégalités », fulmine Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp-FSU. Le collectif l’éducation est notre avenir, qui rassemble 25 organisations de l’éducation (enseignants, lycéens, étudiants et parents d’élèves), a d’ores et déjà prévu une journée de mobilisation le 22?janvier prochain pour protester contre ce « budget de pénurie ».

Laurent Mouloud