L’autre est un des sauveurs de l’Europe, mais oui, le candidat naturel de la droite quand bien même certains en doutent un peu dans son camp, et il va prendre prochainement la présidence du G20. Le paradoxe étant, selon certains commentateurs, que tous deux, qui auraient œuvré ensemble dans la tourmente financière, vont devoir s’affronter. Sur quoi ?

La présidentialisation du régime a poussé les feux du bipartisme. Deux formations se succédant, pas très éloignées l’une de l’autre idéologiquement et se chamaillant sur des questions de société ou de morale. On en eut un avant-goût lors de la précédente élection présidentielle. Qu’on songe seulement aux débats à n’en plus finir sur le drapeau de la république. Le pilonnage actuel va plus loin encore, puisqu’il ne s’agit même plus de deux formations mais de deux individualités qui, sur le fond, et ils viennent d’en faire la preuve en Europe, partageraient grosso modo la même vision.
On peut se souvenir par ailleurs que c’est avec l’appui ouvert de Nicolas Sarkozy que Dominique Strauss-Kahn a accédé à la tête du FMI. C’est dire que si l’on veut des changements réels, ce n’est pas là qu’il faut chercher. La gauche, si elle veut de vraies politiques de gauche, ne peut sans doute se satisfaire de personnalités plus ou moins providentielles comme de candidatures autoproclamées. Il y faut d’abord du contenu et du débat public.

On voit, dans les périodes de crise, naître plus que des tentations. La démocratie serait en quelque sorte un luxe des beaux jours que l’on ne pourrait plus se permettre, dès lors qu’arrive l’urgence avec les orages. La pression des dernières semaines autour de l’élection présidentielle relève de cette dérive. Mais il y a bien plus.
En France, c’est François Fillon qui annonce, sans débat, sans concertation, le gel pour trois ans des dépenses publiques, avec les lourdes conséquences que l’on peut imaginer pour la vie de la nation et des Français. En Espagne, au Portugal, ce sont les premiers ministres qui annoncent des mesures de rigueur drastiques. La Grèce est soumise à un carcan. Enfin la Commission de Bruxelles envisage cette tutelle sur les budgets des États, évoquée cette semaine. Il y a une constante dans tout cela. Un déni généralisé de démocratie pour répondre aux marchés financiers.

C’est bien dans ces conditions que se posent des questions constitutionnelles qui ne sont pas des questions d’école. Il y a de l’esprit dans les lois. La démocratie n’est pas le jeu des apparences auquel on tente de nous accoutumer. Elle est une construction collective permanente des citoyens. Il n’y a de démocratie que dans l’intervention continue des citoyens, de la cité à l’État, de l’atelier au conseil d’administration, du quotidien aux choix stratégiques. Nous vivons sûrement un changement d’époque.

Que ce soit pour ce qui se passe en Europe et dans le monde, que ce soit pour ce qui se met en place en France autour de l’élection présidentielle, il n’y a pas de spectateurs.